Tu ouvres la main, Seigneur : nous voici rassasiés.

17ème dimanche du temps ordinaire

2 R 4, 42-44

Ps 144 (145), 10-11, 15-16, 17-18

Ep 4, 1-6 ;

Jn 6, 1-15

En ce 17ème dimanche, nos regards sont tournés vers nos grands-parents, les hommes/femmes avancées en âge dans nos sociétés, nos familles, nos communautés dites chrétiennes. Il y aussi deux jours, nous avons célébrés la mémoire de parents de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu : « Faisons maintenant l’éloge des hommes illustres, de nos ancêtres l’un après l’autre…. Parlons des hommes de bien dont l’action bénéfique n’a pas été oubliée. Leurs descendants ont hérité de ce bel héritage. Leur race tient fidèlement à l’Alliance, leurs enfants suivent leur exemple » (Sir 44, 10-12).

Que pensons-nous leur apporter comme soutien concret et spirituel dans cette célébration ? Nous ne devons pas oublier qu’à chaque instant tous nous sommes déjà en chemin vers leur état. Ce qui est marrant c’est que nous aimons apprécier les hommes/femmes qui nous voyons à la TV ou lisons les journaux pendant que ceux/celles qui se sont sacrifiés pour que nous vivions sont abandonnés, traités de sorciers, de merde et de tous les maux de notre monde.

La Parole liturgique de ce jour nous invite à prendre soin de nos parents et à donner notre pain à manger. Dans la première lecture tirée de 2 R 4, 42-44, le prophète Élisée parle à son serviteur « Donne-le à tous ces gens pour qu’ils mangent, car ainsi parle le Seigneur : On mangera, et il en restera ».

Respectivement, la deuxième et l’Évangile nous invitent un nouveau regard autour de nous : « Un seul Corps, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême » (saint Paul) ; « Un grand prophète s’est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple » (Lc 7, 16) ; « Ils distribua les pains aux convives, autant qu’ils en voulaient », nous dit enfin Jésus dans saint Jean.

Quant au Psalmiste en réponse à sa foi, il chante les merveilles du Seigneur : Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce et que tes fidèles te bénissent ! Ils diront la gloire de ton règne, ils parleront de tes exploits (Ps 144, 10-11)

L’Épisode de l’Évangile (avec ses parallèles Mc 6,31-52 ; Mt 14,13-33 et Lc 9, 10- 17) nous livre un enseignement sans égal. « Il disait cela pour le mettre à l’épreuve » : Cette épreuve rejoint celles de Moïse et de son peuple au désert. Durant leur pérégrination, la faim, la soif, la crainte des combats, les querelles… éprouvent la fidélité des fils d’Israël envers Celui qui les guidait.

Aussi, la présence d’un jeune garçon et ses pains mettent en relief les différentes affirmations des disciples André et Philippe. Ce dernier comptait ce qui est nécessaire pour la foule, en heures de travail. André, quant à lui, souligne le ridicule de la situation en désignant un enfant et ses maigres biens : deux poissons et cinq pains d’orge, le pain des pauvres.

Tout est petit et miséreux. Pourtant, ironiquement, tout est là. Car André a su voir ni le fort, ni le riche, mais l’enfant habituellement ignoré dans les affaires des grands. Le regard devient saint quand il ne compte pas, mais quand, à l’image de Dieu et du Christ, il espère et fait place au faible et au fragile.

Quelques détails importants dans le récit de saint Jean. Ce ne sont pas les disciples qui distribuent les pains et les poissons, mais Jésus lui-même. Lui seul donne et préside cette communauté rassemblée. Tous sont unis par lui. Lui seul agit pour nourrir son peuple comme autrefois Dieu au désert. Ce miracle des pains et des poissons multipliés reprend les termes mêmes d’une fraction du pain eucharistique : prendre, rendre grâce, distribuer ; des termes qui confèrent à la scène une dimension pascale. Donc, Jésus Christ se révèle le dispensateur d’une nouvelle manne.

Pourquoi vouloir rassembler l’excédent ? Au fait, le miracle des pains et des poissons évoque l’épisode de la manne (cf., Ex 17) comme celui d’Élisée. Maintenant cette manne de pains et de poissons ne se perd plus, ne disparait plus. Elle comble ces douze paniers, signe de l’unité retrouvée du peuple de Dieu comme autrefois les douze tribus. Ainsi, la mission du Christ n’est pas seulement de rassembler autour de lui ‘pour qu’aucun ne se perde‘ (Jn 3,16, 6,27.39, 17,12 et 18,9) mais de renouveler le peuple par son action.

Que devant la Lumière du Verbe et l’Esprit de Grâce se dissipent les ténèbres du péché et la Nuit de l’incroyance. Et que l’Amour de Jésus habite dans nos cœurs. Amen !

P. Roméo Yémso, SVD