Réflexion sur les textes bibliques du dimanches
11 ème Dimanches du Temps Ordinaire – B
1ère Lecture : Ez 17, 22-24
Ps 91 (92), 2-3, 13-14, 15-16
2 ème Lecture : 2 Co 5, 6-10
Évangile : Mc 4, 26-34.
En ce onzième dimanche du temps ordinaire, les textes bibliques présentent l’aspect de « la petitesse » du règne de Dieu. Commençons notre marche spirituelle avec ces pensées directrices de la parole liturgique : la métaphore prophétique de « Je renverse l’arbre élevé et je relève l’arbre renversé » ; et les paraboles de la semence « C’est la plus petite de toutes les semences, mais quand elle grandit, elle dépasse toutes les plantes potagères ». En réalité, la semence, le grain de sénevé ou de moutarde est la Parole de Dieu ; le semeur est le Christ ; celui qui le trouve demeure pour toujours. Autrement dit, ce que le semeur a semé paraît insignifiant au creux d’une paume de main. Il ne sait pas comment, mais cette plus petite des graines deviendra mystérieusement la plus grande plante.
Vraiment, l’éloge de saint Paul à l’accueil de cette Parole de Dieu nous place dans la communauté ecclésiale : « Que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’est de plaire au Seigneur ». Cependant, notre méditation se penche plus sur l’Évangile qui, à travers deux dernières paraboles, nous instruit et nous ramène aux images fortes des champs. De manière explicite, l’une et l’autre font mention du Royaume de Dieu qui advient et reprennent les conclusions des paraboles précédentes.
Quelle est la signification d’un champ, d’un terrain, d’une parcelle pour une famille, pour nous aujourd’hui ? La plupart de nos cruels problèmes familiaux, c’est affaire de terrain, héritage des parents. À cause de cela, nous mourons aujourd’hui comme de peste, nous nous trainons devant les tribunaux et le reste, nous le connaissons tous. Combien sont devenus frères ennemis à jamais à cause du terrain ? Combien sont morts à motif de cela ? Pour nous, le champ (campo, terrain, territoire, parcelle) reste la plus redoutable guerre parmi les peuples de la terre et pourtant la terre appartient à Dieu.
Sans le champ, on ne peut pas parler de la moisson. Ainsi, dans l’Ancien Testament, particulièrement chez les prophètes, la moisson illustre le temps du jugement de Dieu et de l’espérance du peuple. Nous avons souvent une image terrifiante de ce jugement. Au contraire, ce temps espéré est celui où Dieu vient rétablir une justice, pour faire droit aux malheureux et aux pauvres (cf. Ps 139/140,13). Cette moisson de Dieu correspond au rétablissement de son Alliance avec son peuple comme l’affirme le prophète Osée (aussi voir Is 37,30-32 ; Éz 36,9-10) : « Je sèmerai sur la terre, j’aimerai Lo-Rouhama (non-aimée), je dirai à Lo-Ammi (pas-mon-peuple) » ; je dirai « tu es mon peuple » et lui dira « tu es mon Dieu ! » (Os 2,25).
La moisson est signe de joie au cœur de la réconciliation. Même si elle peut évoquer un arrachement, elle souligne avant tout cette maturité attendue, un temps qui vient à point nommé, pour une rencontre entre Dieu et son peuple : « Faites-vous de justes semailles, vous récolterez de généreuses moissons ; défrichez-vous un champ nouveau ; c’est maintenant qu’il faut chercher le Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne répandre sur vous la pluie de justice » (Os 10,12). Ce nouveau champ, que foulent les pieds de Jésus, attend la moisson de la Nouvelle Alliance.
Nous souvenons-nous de l’arbre planté dans le « Jardin d’Éden » ? (Gn 2,8-9). Tel aussi est l’arbre d’une nouvelle création au milieu d’un jardin fécond (la crèche, la croix, la mort, le tombeau, la communauté des disciples avec Vierge Marie, les persécutions…) qui se dresse aux yeux du monde pour devenir manifeste, telle une lampe sur un lampadaire. L’arbre remplit tout l’espace depuis la terre où sa semence a été jetée jusqu’au ciel où se déploient ses branches. Le royaume ainsi décrit n’a plus de limite, plus de frontière, il devient règne, souveraineté totale sans être totalitaire. Ses branches sont un abri pour tous/toutes, un nichoir universel.
La capacité de comprendre ce mystère en paraboles ne dépend pas d’un savoir, d’une capacité intellectuelle, d’un mérite, mais d’une proximité intime avec Jésus et sa Parole. De loin, sur le rivage ou au bord du chemin, nous percevons ce qui est dit. En s’approchant, nous pouvons être saisis non plus par des discours, mais par sa personne. Donc, le disciple n’est pas celui/celle qui sait, mais qui, tel un frère/sœur, se fait proche de ce semeur qui donne et sème la Parole sans compter. En appelant à la conversion et au pardon (Mc 4,12), Jésus sème une parole pleine d’espérance, de vie, d’avenir et non de vengeance, ni de condamnation ; ni de haine ou de jalousie parmi nous.
Que devant la Lumière du Verbe et l’Esprit de Grâce se dissipent les ténèbres du péché et la Nuit de l’incroyance. Et que l’Amour de Jésus habite dans nos cœurs. Amen !
P. Roméo Yémso, SVD
